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La nuit où Fidel Castro est mort, j’étais à Cuba.

Cuba 2016

Nous avons atterri à Varadero le vendredi 25 novembre à 21 h 20. Une heure plus tard, dans l’autobus qui nous conduisait à l’hôtel, le guide nous indiquait les lieux les plus importants de la ville : les clubs pour aller danser, les bars où écouter de la musique et les bons endroits pour acheter du rhum ! Les rues étaient bondées de monde : il faisait encore plus de 20 degrés en cette chaude soirée d’hiver.

Nous n’aurons jamais l’occasion de visiter ces endroits ni de nous familiariser avec les fondements de la culture cubaine : la musique et la danse. À 22 h 29 ce soir-là, Fidel Castro a rendu son dernier souffle, aux plaisirs de plusieurs ou au désarroi de beaucoup d’autres. En signe de respect, un deuil national a été décrété : pas de fête, pas de musique, pas de danse et pas de vente d’alcool pendant 9 jours.

Le samedi matin, nous n’avons reçu aucune communication officielle de l’hôtel mentionnant qu’il y aurait des changements. Toutefois, nous avons pu constater qu’il n’y avait pas d’animation à la piscine ni sur la grande scène ni au piano-bar ni au bar de la plage. Le seul bar ouvert était celui du lobby, silencieux et surpeuplé, car inévitablement devenu le refuge de tous les clients en mal de distractions !

Après quelques jours de repos total, nous avions prévu faire une excursion de 3 jours à La Havane. Puisque notre représentant ne nous a pas déconseillé d’y aller et qu’il n’y avait pas de mouvement de foule, nous avons décidé de maintenir notre plan.

  • À la fin de ce texte, vous trouverez une vidéo relatant mon escapade à La Havane.

À La Havane, à l’ombre du Capitole (lundi 28 novembre 2016)

Nous sommes arrivées à La Havane le lundi 28 novembre vers midi.

Cuba 2016

Crédit photo: Katia Bouchard

[Anecdote] Au terme d’un rapprochement entre le gouvernement Obama et le régime cubain, le premier vol en partance des États-Unis a atterri à Cuba ce même lundi 28 novembre… L’Histoire a parfois un drôle de sens de l’humour !

Nous nous sommes rendus à la casa particular (gîte) que nous avions réservé : Casa Cristo Colonial. L’accueil a été chaleureux, mais nous avions un petit problème. La Française qui occupait notre chambre s’était fait voler son passeport et son visa la veille. L’immigration avait sommé notre hôtesse de garder la citoyenne française chez elle le temps que sa situation se régularise. IL n’y avait donc pas de place pour nous. « Mais ne vous en faites pas, nous a-t-elle dit. Je me suis déjà arrangé avec une voisine qui a aussi des chambres à louer ! » Nous avons donc abouti dans un petit appartement pour 5 pesos convertibles de plus par jour !

Après être passées au bureau de change, nous nous sommes arrêtées dans un petit restaurant pour boire une bière. « No, No, No. No Cerveza », s’est-on fait répondre par le serveur, son doigt allant de gauche à droite, un signe compréhensible dans toutes les langues. De l’eau, du jus ou une boisson gazeuse. » C’était donc vrai ! Pas de service d’alcool, même pour les touristes ! Nous avons donc repris notre chemin. La mine basse dans mon cas, car rien au monde n’est plus attirant qu’une bière lorsqu’on se promène sous des températures de près de 30 degrés et qu’on est en vacances, surtout si c’est interdit !

Vous voulez un aperçu de l’ampleur des conséquences de ce deuil national? Plusieurs touristes viennent à La Havane sur les traces d’Ernest Hemingway qui avait trois endroits préférés : les bars à cocktail La Floridita et La Bodeguita del Medio ainsi que l’hôtel Ambos Mundos. Hé bien deux établissements sur trois étaient carrément fermés!!

Cuba 2016

Crédit photo: Katia Bouchard

Dans un article que nous avions lu avant de partir, nous avions repéré un bar qui nous intéressait, mais aucune adresse n’était mentionnée. Une simple phrase mystérieuse : « À l’ombre du Capitole, dans une rue où l’on ne s’attendrait même pas à trouver un restaurant, Mathieu Royer gère le Sia Kara. » Source Ouais… Des dizaines de rues menaient au Capitole, on donc a laissé tombé et on a décidé de marcher au hasard dans la ville.

Je découvre la ville au gré des tournants. Puis, mon attention est attirée par une galerie d’art. Je m’approche de la fenêtre pour observer les tableaux. Quelques maisons plus loin, d’autres tableaux attirent mon attention, mais je découvre avec surprise qu’il s’agit d’un bar. L’hôtesse s’approche et prononce les mots magiques : oui, vous pouvez prendre une bière ici. Quelle joie ! En commandant notre bière et quelques tapas, on se demande où on est. « Bienvenue au Sia Kara », nous répond la serveuse, tout sourire.

En prenant notre bière, on se questionne : pourquoi certains bars peuvent ou acceptent de vendre de l’alcool malgré l’interdiction ? Nous n’aurons jamais de réponse.

Place de la révolution (mardi 29 novembre 2016)

Impossible de visiter La Havane sans allez voir la Place de la révolution ! Mais on nous avait bien avertis. Toutes les rues menant à la Place de la révolution étaient fermées. Il fallait donc s’y rendre à pied.

Cuba 2016

Crédit photo: Katia Bouchard

Sur la grande avenue à 8 voies qui mène à la Place, on se fait interpeller par des soldats à tous les 100 mètres. On nous laisse entendre que l’endroit est fermé, mais la dizaine de personnes qui nous devance continue d’avancer alors on demande à les suivre. On arrive finalement à la place et elle est presque complètement vide ! On se dépêche à prendre des photos, car on est convaincues que nous allons nous faire expulser rapidement.

On remarque une série de télévisions nationales, des chaises blanches en plastique sont disposées pour recevoir des dignitaires, le test de son est assourdissant. Visiblement, un truc se prépare. En cherchant les toilettes, nous entrons dans une salle pleine de monde assis par terre. La scène est étrange. On nous demande nos cartes d’accès : il s’agit de la salle de presse. En quittant la place à pied, on croise des centaines des personnes qui marchent dans notre direction. Un cortège est en train de se former.

Le soir même, un événement protocolaire se déroule à la Place de la révolution. Les six chaînes de télévision que nous avons dans notre appartement présentent la même chose. Ce lieu mythique, l’endroit même où nous étions quelques heures auparavant, est envahi par des dizaines de milliers de personnes — voire plus ! Les présidents des pays latins et des délégués africains prennent la parole les uns après les autres pour affirmer que Castro était un héros. L’événement dure près de 5 heures !

Cet événement est qualifié d’« acto politico » (acte politique). C’est le moment pour les alliés de Cuba de démontrer leur soutien.

Le dernier voyage de Fidel Castro (mercredi 30 novembre 2016)

Le chauffeur du minibus qui nous ramène à Varadero se dépêche. Les cendres de Fidel Castro quittent La Havane ce matin pour Santiago De Cuba et le cortège funéraire s’arrêtera dans tous les villages en chemin. Pas question d’être coincé derrière ! Il file à vive allure sur les grandes routes du pays, mais à Matanzas, à 30 km de Varadero, la route est déjà fermée. Le chauffeur emprunte de petites routes de terres pour éviter le barrage, mais nous nous retrouvons tout de même pris au piège. Nous devenons malgré nous spectateurs de cet étrange défilé de gens qui se positionnent des deux côtés de la rue pour apercevoir le cortège. Un habitant nous renseigne et à la dernière minute, nous trouvons un passage.

Nous quittons le village, non sans nous demander quelle motivation se cache derrière ce déploiement de population… Et la réalité nous frappe : un deuil national de 9 jours a des conséquences : les bars ferment leurs portes faute de clientèle, les contrats des troupes de danse itinérantes sont suspendus, les musiciens de rue sont sans emploi. C’est donc un immense sacrifice que font ces gens parce que 9 jours sans revenu, c’est long

Cuba, une histoire

Assise près de moi à la plage de Varadero, mon amie me partage quelques passages de sa lecture de voyage : Cuba, une histoire1. Elle m’a fait découvrir ce pays qu’elle aime en me servant de guide à La Havane, une ville qu’elle connaît bien. Maintenant, elle me lit quelques passages qui la font réagir.

Je m’apprêtais à dresser une liste de faits saillants, mais voilà, j’ai été prise de court par le chroniqueur Patrick Lagacé qui a publié ce mardi l’article Fidel Castro était un dictateur, mais... relatant exactement ce que je voulais dire !! En gros, l’obsession des États-Unis pour Cuba tient en ce qu’ils ont toujours voulu contrôler cette île et contrairement à la grande majorité de tous les pays d’Amérique du Sud et d’Amérique Centrale, Cuba s’est débarrassé des Américains pendant la révolution. C’est pour cette raison que Castro est encore vu aujourd’hui comme un héros. Castro était un dictateur, mais… il a également fait beaucoup pour son pays comme de mettre en place un excellent système de santé, accessible à tous. Cette affirmation n’a pas pour but de minimiser ses actions, loin de là. Mais passer outre reviendrait à ignorer une partie de la vérité.

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En résumé, Cuba sans musique et sans danse, ce n’est pas pareil. Mais l’absence de musique a laissé toute la place à la parole et ce que les gens ont à dire à Cuba mérite d’être entendu.

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Lecture de vacances

Dans un autre ordre d’idées, j’avais apporté avec moi le livre Les Superbes2 de Léa Clermont-Dion et Marie Hélène Poitras en me demandant si le sujet ne serait pas trop lourd pour des vacances. Mais c’est avec beaucoup d’enthousiasme que j’ai littéralement dévoré ce livre ! Bravo les filles ! C’est bien écrit, les résumés d’entretiens tiennent sur quelques pages et c’est facile à lire ! Vous cherchez un cadeau à offrir à vos adolescentes pour Noël ? Je recommande ce livre. Je le recommande également à toutes les femmes qui visent le succès, quel qu’il soit ainsi qu’aux hommes qui sont intéressés par la vision du monde des femmes.

Les Superbes

Crédit photo: Katia Bouchard

Au cours de ma lecture, j’ai été à la fois charmée, offusquée, découragée, inspirée et reconnaissante. Voici ce que j’ai retenu :

« Pas superbe dans le sens de cute, de fine ou de je ne sais quoi. Superbe comme dans forte, fière et assumée. » p. 22

« Les femmes d’idées comme toi ne devraient jamais être confinées au silence. Qu’on remette en question des points de vue et qu’on en débatte, ça va, mais s’en prendre à la personne qui parle et à sa parole qui veut éclore, c’est révoltant. » p. 57

« Je veux qu’on s’habitue au succès des femmes, que disparaisse le réflexe d’attaquer celles qui rayonnent, qu’elles puissent porter leur couronne et en jouir. » p. 59

« Combien sommes-nous à nous faire éteindre ? Nous sommes nombreuses. Trop nombreuses. Pour en finir avec le fat-shaming, le slut-shaming, le slut-bashing et la culture du viol, il faut apprendre à être solidaire. » p, 155

[…] « qu’il faut cultiver son indignation, la transformer en action quand cela est possible et ne jamais s’acclimater à l’inacceptable. » p. 240

Mon séjour à Cuba — résumé vidéo — 25 novembre au 2 décembre 2016

Pour bien représenter l’ambiance de ce séjour, il n’y a pas de musique dans ce vidéo. La trame sonore originale a été conservée. En cette période de deuil national, un seul drapeau n’a pas été mis en berne. Saurez-vous l’identifier ?

 

1 « Cuba, une histoire », Sergio Guerra Vilaboy et Oscar Loyola Vega, Ocean Press, 2012, 120 pages.

2 « Les Superbes », Léa Clermont-Dion et Marie Hélène Poitras, vlb éditeur, 2016, 254 pages.