Bière

Le Trou du Diable dans le ventre de la baleine

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Le Journal Bières et Plaisirs a annoncé ce matin en primeur que la Microbrasserie Le Trou du Diable (TDD) de Shawinigan a été achetée par Molson Coors – division Six-Pints. Seul le brouepub de la rue Willow n’est pas inclus dans l’entente. Il n’en fallait pas plus pour provoquer un tremblement de terre de 8,5 à l’échelle de Richter dans l’industrie de la bière!

La Microbrasserie Le Trou du Diable.

Fleuron des microbrasseries au Québec, le TDD s’est bâti une réputation enviable sur la scène brassicole internationale et leurs bières ont remporté des dizaines de médailles. Certaines de ces bières sont devenues emblématiques comme La Buteuse, la Dulcis Succubus, La Pitoune et La Saison du Tracteur tandis que La Blanche de Shawi et la Shawinigan Hanshake ont mis la ville sous les projecteurs, cristallisant ainsi le sentiment d’appartenance régional.

Crédit photo: Microbrasserie Le Trou du Diable

La qualité du produit.

La bière artisanale est très souvent appréciée pour la qualité de ses ingrédients. Selon ce que rapporte Bières et Plaisirs, le maître-brasseur André Trudel a assuré que «le produit serait le même qu’avant». Je me demande… si on veut augmenter la distribution, il faudra donc augmenter la production. Alors, comment protéger la méthode artisanale et par le fait même, la qualité des bières? Et comment feront les partenaires régionaux pour fournir le double, voire le triple des ingrédients du terroir nécessaires aux recettes (je pense autre autres aux cerises griottes provenant de la ville de Charette en Mauricie) ?

 

La décision d’affaires.

Du point de vue purement des affaires, on peut comprendre cette décision. La vie d’entrepreneur est difficile et dans le cas précis de TDD, la microbrasserie a eu une croissance soutenue et extrêmement rapide, ce qui a dû mettre une pression énorme sur l’équipe. On peut aussi comprendre la volonté des propriétaires de vouloir faire rayonner leur entreprise à plus grande échelle. L’ambition n’est pas un crime et il faut se donner les moyens de réaliser ses objectifs. De plus, état donné la réputation de TDD, Molson Coors a dû proposer un prix d’achat très intéressant qui a certainement été un incitatif à la vente.

(AJOUT) La surprise de la communauté bière.

Bien sûr, cette décision d’affaires en surprend plus d’un! Quand on connaît l’équipe de direction, son implication dans l’industrie de la bière au Québec, les efforts qu’ils ont mis afin de rassembler la communauté et les valeurs de l’entreprise, il y a de quoi être surpris!

La microbrasserie shawiniganaise Le Trou du diable a dû retirer ses bières en fût d’un restaurant de la région, après que Molson Coors ait exigé l’exclusivité des fûts avec ce dernier. Isaac Tremblay, de la microbrasserie Le Trou du diable, déplore ce monopole. « Souvent, les grandes brasseries, leur stratégie c’est l’exclusion. Ils vont enlever les compétiteurs, puis ils vont imposer leurs produits », constate-t-il. Souce

TDD vient de jeter une pierre dans la (déjà petite) mare des microbrasseries en offrant sa part de marché à Molson Coors. Pour cette industrie «tissée serrée», le choc est brutal. Surprise totale également du côté de l’Association des microbrasseries du Québec (AMBQ) qui perd un membre important.

« C’est dommage… Le Trou du diable est impliqué depuis de nombreuses années dans le développement des microbrasseries au Québec. Isaac Tremblay était d’ailleurs au conseil d’administration de l’Association. Souhaitons seulement que les valeurs qu’ils ont défendues pendant si longtemps continuent d’être appliquées et que cette acquisition par Molson n’aura pas pour but de détruire ce à quoi Le Trou du diable a contribué à construire, c’est-à-dire une industrie de microbrasseries québécoises fleurissantes. ».  Frédérick Tremblay, président de l’AMBQ Source

Quand les grands avalent les petits.

Ce n’est un secret pour personne : les grands brasseurs cherchent désespérément à mettre la main sur d’excellentes microbrasseries afin de récupérer des parts de marchés. C’est peut-être ce qui nous perturbe le plus dans cette transaction…

C’est avec enthousiasme que nous accueillons Le Trou du diable, une équipe de passionnés, dans la grande famille Molson Coors. Des partenariats comme celui d’aujourd’hui, et comme ceux que nous avons établis dans le passé, démontrent toute l’importance que nous accordons au segment des bières artisanales et de spécialités. Mieux encore, nous prouvons que Molson Coors est prêt à investir pour ravir les amateurs de bière de tous les horizons », se réjouit Frederic Landtmeters, président et chef de la direction de Molson Coors Canada. Source

Vendre au plus offrant : la seule solution?

Mais est-ce que toute microbrasserie désirant prendre de l’expansion doit absolument vendre son âme à une multinationale? Non.

Rappelons-nous qu’en mai 2016, la microbrasserie ontarienne Beau’s All Natural Brewing Company, le plus grand producteur artisanal de bière biologique au Canada, a surpris tout le monde en ouvrant son actionnariat à ses employés. Bien qu’ayant connu également une croissance soutenue, Beau’s a préféré faire preuve d’audace en vendant une partie de l’entreprise aux membres de son personnel, ce qui lui permettait de rester indépendante.

« Mon père et moi avons démarré Beau’s il y a dix ans. Nous nous promettions alors de fabriquer une bière savoureuse et de haute qualité, tout en mettant notre brasserie au service du bien collectif. […] Le soutien de notre personnel et de nos adeptes, qui ont toujours cru à notre promesse, s’est révélé le terreau fondamental de notre réussite. » Steve Beauchesne, chef de la direction de Beau’s All Natural Brewing Company. Source

«Beau’s Brewery : family runs, employees owned, totally independent.»

La philosophie artisanale.

Si ce transfert de propriété risque de ne pas affecter la décision d’achat des consommateurs de bières en général, un certain nombre de connaisseurs, partisans de la philosophie artisanale, se retrouvent maintenant devant un dilemme : acheter ou bouder des bières de qualité appartenant à une multinationale.

Pour ma part, ce changement sera un frein à ma consommation des bières du Trou du Diable. Mais parions que lorsque j’aurai une envie incontrôlable de boire une Dulcis Succubus, une de mes bières préférées, je ferai une entorse à cette prise de position.

Et vous? Que pensez-vous de cette transaction? Achèterez-vous encore des bières du Trou du Diable?